L'accueil des Mineurs Etrangés Isolés en Maison d'Enfants à Caractère Social

Publié le par CADRES D'EDUCATION

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A la croisée du droit des étrangers et du droit de la protection de l’enfance, les mineurs étrangers isolés vivent des situations inextricables. Le flou juridique qui prévaut et le manque d’approche globale coordonnée au plan national favorisent une hétérogénéité des pratiques, sources d’inégalités. Faute de statut, la plupart des jeunes accueillis ont pour seule perspective, à leur majorité, la clandestinité, ce qui rend difficile tout projet de vie et d’intégration.

J’ai travaillé trois ans dans une MECS (Maison d’Enfants à Caractère Social) au sein de la Fondation d’Auteuil, reconnue d’utilité publique depuis 1929, dont la mission est d’ « accueillir dans le respect de leur origine et de leur religion, des jeunes en grande difficulté sociale, familiale et affective, d’assumer leur éducation, leur formation professionnelle et les préparer à entrer dans la vie. »[1]

La MECS Saint Antoine est un internat ouvert tout au long de l’année. Le site, sur lequel est implantée la maison Saint Antoine, a été légué en 1940 afin de créer une école horticole pour les enfants devenus orphelins après la guerre. En 2001, le conseil général de l’Essonne habilite cinquante sept lits divisés en trois groupes de vie (La Fontaine, Albert Khan et Eden) pour accueillir des jeunes de treize à vingt et un ans maltraités, en rupture familiale, scolaire et/ou délinquants ainsi que des jeunes étrangers isolés placés et pris en charge par l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance). Ces jeunes sont confiés soit par OPP (Ordonnance de Placement Provisoire), mesure du juge pour enfants, soit en AP (Accueil Provisoire) à la demande des familles.

Quelques chiffres sur l’accueil des MEI à la Fondation d’Auteuil au 30 septembre 2008[2] :

o       163 MEI accueillis dans 26 établissements

o       7 ont obtenu la nationalité française

o       35 nationalités différentes

o       100 sont originaires d’Afrique

o       1 d’Amérique du Sud

o       39 d’Asie

o       16 d’Europe

La grande difficulté que représente l’accompagnement des jeunes mineurs et majeurs étrangers est le manque de clairvoyance des situations diverses et donc une projection dans l’avenir très réduite avec des obstacles supplémentaires pour monter un projet personnalisé cohérent.

En plein essor depuis 1999, le phénomène des MEI (Mineurs Etrangers Isolés) peine encore à susciter des réponses justes et adaptées à chacun. Les disfonctionnements sont tels que leur sort constitue désormais le troisième motif de saisine du juge pour enfants. Sur le terrain, on assiste chaque année à une recrudescence de l’accueil de ces jeunes qui se heurtent à nombre de difficultés techniques et juridiques.

La MECS dans laquelle j’ai travaillé accueille des MEI dans le cadre de l’article 375-3 du Code civil sur les enfants en danger. Ces jeunes peuvent donc bénéficier d’un dispositif de protection et de mesure d’assistance éducative jusqu'à leur dix-huit ans voire vint et un ans dans le cadre d’un contrat jeune majeur.

Aujourd’hui il me semble fondamental de se poser la question de savoir comment l’éducateur peut travailler sur la construction à terme d’un projet individualisé, comme nous l’impose la loi 2002-2 rénovant l’action sociale et médico-sociale, si l’ASE n’est qu’un point de passage dans un parcours clandestin.

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Qu’ils aient été victimes de la guerre civile dans leur pays, de tortures, de viols, voire d’esclavage, les MEI ont connu des parcours terrifiants. Malgré tout ce qu’ils ont subi, ces jeunes font preuve d’extraordinaires capacités d’intégration. Ce public est considéré dès lors comme particulièrement « méritant ». La déduction de ce raisonnement amène à penser que ces jeunes n’ont pas le droit à l’erreur ; d’une part en quittant leur pays, ils doivent réussir à subvenir aux besoins de leur famille et d’autre part ils se doivent d’être exemplaires pour avoir une chance minime de rester en France. Cette distinction entre bons et mauvais MEI, entre ceux qui valent la peine d’être accompagnés jusqu’au bout de leur projet et les autres, se heurte à la question du travail social en général. De quel droit se permet-on de juger si tel ou tel est méritant ? En fonction des circonstances extrêmes de sa venue en France ? Ou bien encore selon sa bonne conduite ?

Le travail social tient un rôle de médiateur entre les institutions et les usagers. Toutefois il reste limité dans le sens où il entretient indépendamment un lien avec les champs économique et politique. Les MEI font l’objet de discriminations, ce qui pose problème au regard des principes éthiques et déontologiques qui fondent le travail social. En outre, cela montre les difficultés rencontrées pour mettre en place un processus d’intégration des MEI dans la société française.

Les effets pervers des démarches visant à régulariser les MEI donnent des résultats catastrophiques sur le terrain. On assiste à l’apparition de jugements de valeur dans les prises en charge. Les éducateurs doivent rester vigilant dans ce rapport à l’autre inscrit dans l’interculturel qui entraîne une différenciation de la personne étrangère et l’enferme dans ce statut.

Le rôle de l’éducateur auprès d’un jeune MEI réside dans l’aide et l’accompagnement du projet personnalisé en vue de la construction d’un avenir sollicitant au mieux les capacités du jeune pour lui permettre de réaliser ses envies. Cela implique un changement de vie radical avec l’inscription dans une nouvelle culture parallèlement à celle d’origine. Aussi faut-il tenir compte de leur passé dramatique incluant les divers effets psychologiques liés à l’exil, la perte des parents et le choc culturel. Par ailleurs, en considérant que ces jeunes ne quittent pas leurs racines par choix propre, ce départ apparaît alors comme une demande de protection au pays d’accueil et correspond à l’espoir d’une vie meilleure.

Les MEI vivent deux logiques institutionnelles que sont, d’un côté, la protection de l’enfance et de l’autre, le contrôle des flux migratoires. C’est cet état de fait qui place chacun des acteurs dans une situation paradoxale, notamment en ce qui concerne la scolarité des jeunes, condition sine qua non de leur possible intégration. En effet, comment mener un projet d’insertion au sein d’une formation professionnelle sans pouvoir bénéficier d’un contrat de travail compte tenu d’une situation irrégulière ?

Hormis l’accueil et le soutien au sein de la MECS, il faut anticiper, dès son admission, la fin de l’accompagnement du jeune. Il appartient à l’éducateur d’aborder cette question particulièrement complexe avec des partenaires comme l’Education Nationale et les nombreux secteurs associatifs afin que le jeune se sente intégré et entouré dans la mise en œuvre de son projet et de sa vie future.

 

En définitive, il semble inopportun, sinon impossible, d’apporter une réponse claire à la problématique posée en introduction. Car, si l’éducateur est effectivement en mesure de monter un projet individualisé avec le jeune MEI, de nombreux obstacles tant institutionnels que culturels et sociologiques subsistent sur le parcours sinueux des jeunes migrants. L’éducateur paraît donc avoir pour objectif essentiel l’autonomisation du mineur étranger isolé dans une perspective plus ou moins immédiate de séparation. Retour au pays (contraint ou volontaire), clandestinité, régularisation ou migration vers d’autres pays, la rupture apparaît inévitable. Mais n’est-ce pas le propre de toute relation éducative ?

 


[1] www.fondation-auteuil.org
[2] A l’écoute, le magazine de la Fondation d’Auteuil, n°165, décembre 2008, p12.

Pour en savoir plus :
http://www.france-terre-asile.org/que-faisons-nous/mineurs-isoles-etrangers
http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/054000285/0000.pdf

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moïse 11/01/2010


les MEI (Mineurs Etrangers Isolés) constituent une des catégories de jeunes dont l'éducation mérite beaucoup d'attention et ce, en raison des multiples problèmes qui peuvent être les leurs; ils
vivent parfois, non seulement la rupture, mais une sorte de conflit intérieur, de perturbation identitaire. Il faut féliciter leurs éducateurs, souhaiter qu'ils soient le plus qualifiés possible
pour ces genres de situation; et il faut aussi souhaiter l'engagment effectif des pouvoirs publics.


CADRES D'EDUCATION 14/01/2010


Merci Marion de nous faire part d'un sujet passionnant et parfaitement d'actualité. Pourtant je reconnais de pas être bien au fait de ce problème. Ton article et nos discussions me permettent de
prendre conscience de cette situation. Mais comment se fait-il que ces jeunes pensent encore à la clandestinité avec avoir connu un temps d'éducation et de reprise en main au sein de la
Fondation?

Béatrice