LA MALGACHISATION DE L'ENSEIGNEMENT

Publié le par CADRES D'EDUCATION


LA MALGACHISATION DE L'ENSEIGNEMENT:
GENOCIDE CULTUREL



INTRODUCTION


A Madagascar, de tous les régimes politiques qui ce sont succédés depuis la première République, c'est celui de la République démocratique de Madagascar (1975-1992)qui était le récord de longévité. Nous sommes encore trop proche de cette périodepour pouvoir en parler.
 
MadagascarCarteIl y a toutefois quelques évènements et quelques actions de la deuxième Republique sur les quelles je serais coupable de ne pas publier de témoignage personnel préci pour les génération actuelles et futures.L'un de ces évènements fut "la malgachisation de l'enseignement" Cet article relate quelques réalités sur l'enseignement à Madagascar durant et après la colonisation, il dégage également quelques dangers provoqués par le changement à la malgachisation de l'enseignement.


1) L'ENSEIGNEMENT  DURANT   LA COLONISATION (1896 -1960) 

A, Madagascar, l'enseignement a débuté seulement à l'époque de la colonisation. Ce qui signifie que ce sont les colonisateurs qui l'ont introduit dans le pays. Ils ont adapté le système d'enseignement français ayant le même programme scolaire, les mêmes matières et même langue d'enseignement qu'en France. Ce système a duré seulement jusqu'à la fin de la première république.

Les jeunes Malgaches des années 40-50, ont eu la chance de faire des études durant la colonisation. Ils avaient l'ambition de faire les mêmes études que les jeunes Français, de passer les mêmes examens qu'eux et d'avoir les mêmes diplômes afin de pouvoir poursuivre les mêmes études supérieures. Pour la plupart des jeunes malgaches dont les parents étaient déjà "naturalisés", c'est à dire "citoyens français", l'objectif final était de faire carrrière comme cadres supérieurs à Madagascar et de pouvoir être affecté dans une autre colonie française en étant qu'expatrié. Pour ceux qui n'avaient pas d'objectif carrièriste de ce type par exemple ceux qui destinaient à des carrières libérales, au sacerdoce catholique, à la vie religieuse,...qu'ils fussent citoyens français ou indigènes, l'obectif était aussi entre autre, dans un esprit nationaliste anticolonial ou égalitariste d'être capable de remplacer immédiatement les colonisateurs dans les postes téchniques de haut niveau ou dans les postes de responsabilité encore occupées par les Français faute de cadres supérieurs malgaches adéquats et opérationnels. dans ces conditions, il ne pôuvait pas être question d'une quelconque malgachisation mais il est plus explicite sur ce point. Que s'était-il passé pour que nous ayons abouti à un changement aussi profond , sinon radical.
En plaine colonisation et à l'époque où il fallait frayer un chemin des étudiants malgaches vers l'égalité avec les Français, ils se sont considérés comme des combattants. Il leur était difficile, sinon impossible de consider aussi les interêts de leurs copins faibles en classe, retardataires, peu doués. C'était la lutte pour la vie, et chacun pour soi dicté par la vie et les circonstances. Mais une fois qu'ils étaient réussi, et surtout quand ils avaient une responsabilité dans le pays auprès des élèves et des étudiants, ils étaient confrontés à des problèmes réels, et obligés d'établir des constats  d'échèc à grande échèlle dans l'enseignement.
Les enseignants et éducateurs malgaches ont constaté qu'il y avait une déperdition énorme de pontentialités chez les jeunes Malgaches durant la colonisation à cause de l'enseignement tout en français, avec les programmes copiés sur ceux des écoles primaires et secondaires françaises. Nous avons subit cette loi car nous étions colonies.
2) L'ENSEIGNEMENT DURANT LA PREMIER REPUBLIQUE ( 1960-1975)

Durant cette période, le système de l'enseignement n'était pas changé c'est à dire, le même que celui de la colonisation.  
 Mais avec l'indépendance, il était impératif de tout reconsidérer en fonction de réalités nouvelles et des besoins du pays.
Par ailleurs, ceux qui avaient la chance de faire des études à l'extérieur, ils ont vu comment on enseignait aux petits français, aux petits Anglais, aux petits Allemands, aux petits Italiens, ect, les rudements de la lecture, de la grammaire, de l'écriture, des sciences et de l'Histoire de leur pays. Ces petits Européens n'avaient qu'un seul effort à fournir:" celui de comprendre les matières scolaires enseignés". Les petits Malgaches avaient un double effort à fournir " celui de comprendre la langue d'enseignement des matières et celui de retenir les matières enseignées". Par conséquent, les plus doués réussissaient, les moins doués avaient beaucoup de difficultés à passer et le reste était perdu dès le départ.
Ce serai un crime pour les éducateurs et des enseignats malgaches de ne pas chercher à remedier à cet échec scolaire. il y avait donc quatre impératifs considérés comme des absolus étant donné notre culture metissée (français_ malgache):
a) il faut absolument continuer à favoriser l'éclosion de futurs cadres supérieurs dans tous les domaines,
b) Il faut absolumentchercher et trouver des systèmes qui font éclore des cadres moyens à tous les niveau et à chaque métier, donc plusieurs ramifications de programme scolaires divers après l'enseingement primaire.
c) Il faut absolument tout faire pour que le travail manuel, agricole, l'élevage, l'artisanat, la mécanique,...ne soient plus jamais considérés comme des travaux laissés aux élèves  incapables de faire des hautes études d'ingénieurs, de chercherurs. Ce fut une très mauvaise mentalité cultivée durant la colonisation et fortement encrée dans les esprits des Malgaches de cet époque.
d) Quelque soit la langue d'enseignement adoptée, il faut absolument la maîtrise la plus grande possible d'une langue étrangère de diffusion internationale. Les enseignants sont composés des Malgaches et des Français, nous avons des livres en français, nos bibliothèques sont massivement françaises.
Les élèves et les étudiants de la première Republique avaient donc un maxumum connaissance et maîtrise de la langue française et ils n'avaient pas rencontré des problèmes de ce côté en continuant leurs études en France.

3) LE CHANGEMENT RADICAL DE SYSTEME SCOLAIRE MALGACHE

Les jeunes intellectuels et leurs équipes très dynamiques, les militants politiques ont cherché ensemble la réalisation du changement radical de tout ce qui était imposé par les colonisateurs y compris le système d'enseignement et éducatif. Comme l'immense majorité des reformateurs et de ceux qui ont été gagnés à cette cause était compoée d'enseignants malgaches, dans le supérieur, le secondaire et primaire, cette idéologie s'est rependue comme le feu sur la montagne en pleine saison sèche. Ils étaient  partis du point de vue essentiel au socialisme marxiste: la lutte des classe. "Les colonisateurs sont les capitalistes et les colonisés sont les opprimés du système" disaient-ils. Il faut donc nous débarrasser de tout ce qui a été utilisé par les capitalistes pour nous asservir. Or l'instrument d'asservissement le plus puissant et efficace a été l'enseignement, car il a lavé le cerveaux des Malgaches instruits. Il en a vidé tout ce qui constituait notre identité et notre culture, et tout cela à travers et par la langue d'enseignement. Nos parents et nos ainés nés et grandis durant la colonisation n'ont plus la culture malgache ancestrale, à la place, on a substitué la culture française prétendument universelle. Donc, ces jeunes reformateurs disaient:" Pour nous libérer de cet asservissement total, il est inutile d'écouter les anciens colonisés jusqu'à la moelle des os; nous devons lutter et malgachiser notre enseignement et nos principes d'éducation, il faut que cette lutte soit radicale, surtout la lutte contre la langue française qui est l'instrument par excellence de lavage de cerveaux et de destruction de l'identité culturelle malgache.
Cela ne pouvait pas se faire du jours au lendemain, on ne peut pas changer directement et immediatement. Il faut d'abord saper la confiance des gens, surtout des enfsnts et des jeunes vis à vis de ceux qui les éduquent et des systèmes de valeurs qui existent, vis à vis des anciens.
L'entreprise de démolition de ce qui était ancien régime a commencé dès l'année scolaire 1972-1973: enseignement en malgache,endoctrinement idéologique type socialiste-marxiste, le tout dans un désordre énorme car la hiérarchie administrative, celle de l'enseignement surtout, était bafouée. Les élèves avaient les mêmes voix que les enseignants dans les délibérations scolaires. La chute prématurée de la transition, la mort du chef d'Etat Richard Ratsimandrava, le directoire militaire, la nomination de Ratsiraka à la tête de l'Etat le 15 juin 1975, rien  de tout cela n'a permis de voir et de considérer en profondeur tous les aspects de cette grande réforme de l'enseignement et de l'éducation malgache.

4. DES CONSEQUENCES DESASTREUSES DE LA MALGACHISATION DE L'ENSEIGNEMENT

4.1 Premier conséquence
La multiplication rapide et immédiate des écoles primaires et du secondaire, sans prévision du nombre d'enseignants compétants nécessaires et des moyens adéquats aussi bien pour les enseignats que pour les élèves, pour qu'on puisse espérer des résultats positifs, a été le premier point- sombre, surtout au niveau des écoles de l'éducation de base et des CEG des campagnes où les établissemnts de ces niveaux n'existaient pas jusque-là. je ne parle d'abord que de l'enseignement public. Pour le collège, le petit livre rouge de Ratsiraka avait prévu un service national érigé en institution après 1978:" Les jeunes bacheliers accomplissent une année d'enseignement dans les collèges publics pour assurer un nombre minimum d'enseignants.En réalité, cela entraina une perte énorme de qualité et de niveau de l'enseignement. Ces jeunes bacheliers durant la malgachisation ne pouvaient en aucune façon prétendre être de vrais enseignants, malgré un stage rapide de "préparation pédagiogique". Un nouveau bachelier ne pouvait enseigner comme titulaire diplômé, et les enfants en souffraient. D'autre part, la déperdition au niveau des bacheliers du service national était aussi immence. Bon nombre de ces jeunes, par générations entières n'ont pu continuer leurs études supérieures. Ils ont été sacrifiés.
4.2. Deuxième conséquence
la seconde handicap grave était celui du malgache , langue d'énseignement. D'abord, tout le monde n'était pas réellement d'accord sur ce point. Les responsable de l'enseignement étaient divisés: ceux des provinces périphériques, surtout du Nord, qui ne voulaient pas en entendre parler car le malgache officiel utilisé était celui du centre. Pour eux, c'était la langue des dominateurs d'avant la colonisation. Donc, il fallait chercher et pratiquement inventer un malgache commun. Cela est une autre tâche à entreprendre sans aucun principe directeur préparé par des spécialistes. Dans la hâte pourtant, ce chantier fut ouvert immédiatement après la promulgation de la Charte de la révolution socialiste malgache. Puis il fallut créer, a partir du malgache commun encore à inventer, le malgache technique et scientifique (maths, SVT, physique Chimie,...) toujours sans lignes directrices étudiées et adoptées dans le calme et la sérénité. La plupart des participant à cet recherche a fait semblant d'agir pour avoir la paix vis à vis du ministère. L'utilisation des 'inventions" des batisseurs du malgache techinique et scientifique n'était pas admise par tout le monde, de sorte que les enseignants du primaire et du secondaire dans leur immense majorité ne savaient où donner de la tête. de plus, les livres n'existaient pas. Les enseignants gagnés sans condition à la reforme radical révolutionnaire ont dépensé des énergies, et dévouement pour composer et fabriquer des manuels pour tous les niveaux mais souvent en ordre dispersé et avec des compétences techniques et scientifiques inégales.
4.3. Troisième conséquence
L'enseignement supérieur n'a pas accepté la malgachisation de la langue d'enseignement: les professeurs et les maîtres de conférence continuaient à enseigner en français. Les Les responsables de l'enseignement privé  qui ont maintenu l'enseignement en français, se sont rapidement organisés pour préparer aux examens officiels tous bilingues.
Résultat: "les nantis et ceux qui avaient les moyens envoyaient leurs enfants dans les écoles privées des grandes villes" cela concerne seulement 1% des élèves. Les plus riches allèrent jusqu'à envoyer leurs enfants à l'extérieur dès le secondaire.
Ainsi, la réforme radicale de l'enseignement prônée par la Carte de la révolution socialiste malgache pour la démocratisation, la décentralisation et la malgachisation a totalement raté ses objectifs.

4.4.Quatrième conséquence
Cet dernier handicap contient des conséquences incalculabes sur plusieures générations malgaches formées selon la charte de la révolution socialiste malgache.
"Cette formation a produit des élèves et des étudiants qui raisonnaient par slogans, et formules toutes faites, apprises par coeur, et retenues, défendues avec vigueur, mais qui n'étaient nullement formés à l'esprit critique et à la discussion, encore moins aux débat".
Par ailleurs, ils étaient très fortement éduqués à contester tout ce qui n'était pas selon les principes révoltionnaires inculqués dans leur esprit.
Come en toutes circonstances défavorables, les meilleurs élèves et étudiants parvenaient à s'en sortir et à réussir dans leurs études, mais quelles pertes pour la masse des enfants
et des jeunes moyennement doués. Une catastrophe!
Il y a plus grave. Etant donné que l'enseignment à l'univercité continuait à être dispensé en français et étant donné que l'immense majorité ne maîtrisait pas cette langue, c'était un drame à faire pleurer. les plus forts comprenaient plus ou moins bien ce qui s'enseignait en français, mais capotaient quand il s'agissait de s'exprimer (conversation, oral, mémoire et thèse). "Moi-même, je suis concernée totalement (100%) de ce problèmes. Car j'ai commencé l'école primaire en 1985 et j'ai eu mon Bac en 1996. Cette période se situe à l'apongée de la malgachisation de l'enseignement. Ce qui explique mes difficultés dans tous les côtés à suivre aujourd'hui mes études ici à Institut Supérieur de Pédagogie".
Par ailleurs, il y avait une énorme différence entre ceux qui avaient étudié dans les établissements privés où l'on avait continuait à enseigner en français et les autres qui venaient des lycées de sous-préfectures comme moi. "On n'osait pas trop leur dire leur faiblesse ou leur nullité dans la langue de communicationde l'enseignement supérieur; ils ont été les premiers à avouer avec amertume, révolte et résignation, qu'ils étaient sacrifiés" disait un professeur.
 
CONCLUSION
Le responsable de l'enseignement à commencer par le Président de la république de cet époque qui comme tous les grands du régime avait confié tous ses enfants à l'établissement privé catholique ayant maintenu le français, se sont rendu compte qu'on avait fait fausse route. Était-ce par regret ou pour d'autres raisons? Je ne m'appesantirai pas sur ce que je qualifie de génocide culturel, sinon pour ajouter le qualificatif "involontaire". Je ne peux pas imaginer que notre président et ses compagnons
aient voulu étrangler culturellement des générations et des générations d'enfants et des jeunes malgaches. NON !
 

 
RAZANAVAO Noëline



Publié dans Enseignement

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Commenter cet article

Victoria 25/02/2018 00:43

L'article est très intéressant, mais le français mérite quand même une révision avant publication